“La Dernière maison sur la gauche”, masochisme exquis

Il y a deux grandes sortes de films d’horreur. Il y a d’abord ceux qui prêtent à rire et à sortir le pop-corn. Ceux dont on se souviendra en grimaçant entre amis quand on se racontera les scènes les plus gores. Ceux devant lesquels les filles se cachent les yeux, oui mais sans y croire vraiment, juste pour faire ressortir leur féminité et laisser croire que quand il y a du sang sur l’écran elles ne peuvent pas regarder, encore moins aimer ça.

Et puis il y a l’autre sorte de films d’horreur. Les vrais. Ceux qui ne font pas rire. Ceux qui laissent un souvenir, une marque. Ceux dans lesquels l’empathie pour les personnages prend le pas sur la distanciation, et où l’on ne peut s’empêcher de se projeter, d’entrer littéralement dans un univers d’angoisse et de tension, pour ne pas dire de souffrance. Amateurs de sensations fortes, réjouissez-vous : cette Dernière maison sur la gauche entre dans la seconde catégorie…

Denis Iliadis reprend presque entièrement le synopsis original de Wes Craven, cette fois producteur : Mari Collingwood et ses parents partent quelques jours s’oxygéner dans leur résidence secondaire, grande bâtisse perdue dans les bois au bord d’un lac. La jeune fille n’a peut-être que 17 ans mais déjà le permis, aussi profite-t-elle du 4×4 familial pour aller passer l’après-midi et la soirée avec sa meilleure amie du coin, Paige. Seulement voilà, quand Justin, un autre ado, leur propose de venir fumer du shit chez lui, les choses vont vite très, très mal tourner…

Là où le film original (1972) avait été tourné par Wes Craven avec un budget et une équipe absolument ridicules, le remake met au contraire tous les atouts de son côté. On remarquera très rapidement côté musical un thème (The Boathouse) quasi-copié sur celui de 28 Jours plus tard : normal, ce bon vieux John Murphy est de la partie et fait un boulot absolument remarquable, toujours juste, sensible et touchant, au diapason d’une photographie somptueuse.

Les bonnes surprises ne s’arrêtent absolument pas là, puisque si Craven s’était en son temps contenté de choquer, avec certes une arrière-pensée politique, Iliadis nous propose lui une vraie œuvre de cinéphile qui va bien au-delà du « film de genre » moyen. La Dernière maison de 1972, premier long métrage de son réalisateur, a il faut le dire très mal vieilli et l’on peine aujourd’hui à comprendre comment il a pu devenir culte autrement qu’en tant que gros nanar.

Dans cette nouvelle version, qui n’a encore une fois de commun avec l’original que le synopsis et le nom de Wes Craven au générique, la dramaturgie est aussi simple qu’efficace et perverse. Le réalisateur prend d’abord le temps de nous laisser rencontrer les principaux protagonistes, d’apprendre à les connaître, de semer quelques fausses pistes, pour ensuite refermer son piège sur le spectateur. La tension est alors permanente jusqu’à la toute fin du calvaire, et autant vous avertir que certaines scènes sont à la limite du supportable. Du sang, j’en ai déjà vu couler des hectolitres, et pourtant… Contracté pendant toute la séance, je suis sorti de la salle avec une sale douleur dans les épaules : ça ne m’était tout simplement jamais arrivé au cinéma.

Plus qu’une patte visuelle et sonore impeccable, plus qu’un film d’horreur dépassant très largement son univers de rattachement pour finalement confiner au drame (à l’inverse par exemple d’un Vendredi 13, lui aussi repris en 2009 et véritable archétype du slasher-movie), La Dernière maison sur la gauche est aussi une interrogation réussie sur la nature humaine, à travers son génial dernier tiers en forme de catharsis ultime. Et vous, « jusqu’où iriez-vous pour venger l’un de vos proches ? »

Actuellement en salles
Site officiel du film

Crédits photos : © Universal Pictures International France

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