
OSS 117 est d’abord un personnage de roman, créé en 1957 par Jean Bruce. Après plusieurs adaptations cinématographiques, c’est au tour de Jean Dujardin d’endosser le rôle en 2006 dans OSS 117, Le Caire nid d’espions. Le film, en forme de pastiche des comédies d’espionnage du début des années 60, se paye un joli succès en salles. A la fois comédie et cinéma-hommage, bien trop fin pour soulever des tonnes d’éclats de rire, cet OSS 117 est salué pour son originalité. Porté par deux millions et quelques entrées puis par la diffusion du film sur DVD, le réalisateur Michel Hazanavicius tient alors entre ses mains un personnage et un univers qu’il serait dommage de laisser tomber. Bonne nouvelle : en salles depuis quelques jours, Rio ne Répond Plus, le nouvel opus des aventures d’OSS 117, est un ravissement.
Irait-on jusqu’à affirmer que ce second épisode est meilleur que le précédent ? Sans doute, oui, tant Michel Hazanavicius approfondit le potentiel comique et artistique développé dans le premier volet et affine ce cadre que l’on pourrait situer entre le personnage raciste, misogyne et xénophobe d’Hubert Bonisseur de la Bath, le contexte sociopolitique dans lequel il évolue et l’esthétique cinématographique résolument tournée vers le cinéma d’antan.
« Le monde a changé… Pas lui ». L’enjeu humoristique est pour beaucoup résumé dans cette formule de la bande-annonce. Davantage qu’un simple n°2, Rio ne répond plus est une relecture presque complète du monde que nous avions côtoyé dans Le Caire nid d’espions. Dix ans ont passé depuis les tribulations d’OSS 117 en Egypte. Si le film nous présente le personnage tel que nous l’avions laissé, le comique se nourrit aussi -et surtout- de thématiques culturelles et politiques différentes, davantage en phase avec la fin des années 60 : l’affirmation des femmes dans la société, les valeurs de pacifisme et de contestation de l’autorité, la critique de la France sous Pompidou…

Cette fois-ci, l’agent secret est envoyé à Rio de Janeiro pour récupérer un microfilm gênant pour l’Etat français, contenant des noms d’anciens collabos. Sea, sex and sun : OSS 117 doit finalement collaborer, à sa plus grande joie, avec une charmante lieutenant-colonel du Mossad, laquelle semble bien peu réceptive aux avances de l’espion. On ne peut que saluer l’interprétation géniale de Jean Dujardin et celle de Louise Monot. Et puis, tous les ingrédients du divertissement sont là. Noix de coco et palmiers, corps bronzés, (faux) rebondissements en cascades (jusqu’aux chutes d’Iguazu), répliques bien senties : Rio ne répond plus assume pleinement, et encore davantage que dans le précédent volet, son ambition de comédie populaire. Après les arabes, c’est au tour des juifs d’en prendre plein leur grade. Michel Hazanavicius dispose d’un crédit qui lui permet de tout oser, même les blagues les plus faciles. Et ça marche.

Ça marche surtout parce que ces élucubrations humoristiques, dont certains regretteront à tort qu’elles relèvent d’un comique de bas-étage presque beauf, ne s’exercent jamais au détriment de la finesse du propos et de l’hommage assumé et jubilatoire au(x) cinéma(s) des années 60 et 70. Tous ces ingrédients qui passent trop souvent au second plan font ici l’objet d’un véritable travail de reconstitution. Du choix des décors naturels et des intérieurs aux tendances psychédéliques aux costumes kitsch, des plans en zoom rappelant les vieux films d’espionnage à l’utilisation de la musique : le plaisir du cinéphile est total. Rio ne répond plus est l’œuvre d’un amoureux du 7ème art qui s’adresse aux autres éperdus d’un cinéma révolu. Alors, ouvrez l’œil, et le bon. Si la scène finale rappelle assez facilement plusieurs films d’Hitchcock, une référence en cache souvent une autre au détour d’une réplique ou d’un personnage en arrière-plan.

Rio ne répond plus a peut-être fait l’objet d’une surmédiatisation pesante voire outrancière. Pourtant, pas de doute possible : passer son chemin serait une erreur.

L’interview de Ludovic Bource, compositeur de la musique du film
Crédits photos : © Gaumont Distribution




Mieux que le 1
“Rio ne répond plus est l’œuvre d’un amoureux du 7ème art qui s’adresse aux autres éperdus d’un cinéma révolu” : pas senti cela.
Et la fin m’a fait penser à Marathon man.
Confirmation : la tirade de la fin est bien tirée d’une pièce de Shakespeare, le Marchand de Venise. Détail non négligeable : c’est celle du méchant Juif dans la pièce.
« Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes,
des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec
la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé
aux mêmes maladies, soigné de la même façon,
dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été
que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,
ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? »
— William Shakespeare, Le Marchand de Venise, Acte III, scène 1
@ Julia :
Waah, merci pour la précision
Salut Nicolas,
Je passe régulièrement sur ce site depuis que tu m’en as parlé au CRIT.
Merci pour cette belle critique, les amoureux du film et du meilleur agent français des Trente Glorieuses (ce n’est pas à lui de le dire, donc je m’en charge) t’en sauront gré.
Bonne continuation Kubienne !
Thomas, ancien du lycée Malherbe (au cas où tu aies des doutes sur mon identité ^^)
PS : Tu viens de recevoir une invitation d’ami sur Facebook, de la part d’Emulsion Cérébrale. Tu peux l’accepter sans (trop de) risque.