Critiques, anecdotes, coulisses… Le Festival de Cannes est à l’honneur sur KUB3. Pendant toute la durée du festival, retrouvez sur cette page les chroniques de Nicolas depuis la Croisette. Et pour suivre l’événement en direct, rendez-vous sur son compte Twitter !
13, 14 et 15 mai
Les projections s’enchaînent, les soirées aussi… Retour en quelques lignes sur les films vus ces derniers jours, en compétition officielle et ailleurs.
En compétition :
Habemus Papam – Nanni Moretti (La Messe est finie, La Chambre du fils) filme les doutes d’un Pape fraîchement élu par le Conclave, doutant de sa vocation. Michel Piccoli excelle dans le rôle-titre de ce film fin, frais et élégant.
Hearat Shulayim – Unique véritable comédie de la sélection, le film est aussi sans aucun doute l’un des plus faibles de la sélection. Réalisé par l’israélien Joseph Cedar, Footnote (titre anglais) se penche sur la concurrence entre un père et son fils pour obtenir un prix académique. A force d’un montage artificiel et d’une musique démonstrative, le dispositif alourdit considérablement la légèreté du scénario. Le film provoque bien quelques rares sourires, mais ne parvient au final jamais à nous toucher.
Michael – Réalisé par le chef-opérateur attitré de Michael Haneke, le film, froid, clinique et implacable, est de bout en bout calqué sur la méthode du réalisateur de Funny Games. Le sujet – un homme séquestre un enfant dans sa cave – laissait craindre un énième film à scandale dans la veine d’Irréversible. Mais le jeune Markus Schleinzer (dont il s’agit ici du premier film) contourne d’emblée cette approche. Le film dresse le portrait précis et soigné d’un pédophile au quotidien, sans jamais sombre dans la complaisance et le voyeurisme malsain. La grande rigueur de la mise en scène, la précision du rythme et la véritable sensibilité de chaque scène font de Michael l’un des films majeurs de la sélection.
The Artist – Initialement prévu hors compétition, le film de Michel Hazanavicius concourt finalement pour la Palme. Réalisé en noir et blanc, muet et tourné en 1,37, The Artist rend hommage à l’âge d’Or du cinéma hollywoodien à travers l’histoire d’amour entre un acteur refusant le passage au film sonore (Jean Dujardin) et une actrice débutante (Bérénice Bejo). Le scénario, plutôt linéaire et simple, manque peut-être d’ambition tandis que la musique reste très illustrative. Mais le film séduit réellement dans sa fraîcheur et son inventivité, conjuguant avec talent comédie et tragédie. The Artist sera sans conteste l’un des événements dans les salles à l’automne prochain.
L’Apollonide, souvenirs de la maison close – Bertrand Bonello pose sa caméra dans une maison close parisienne au début du XXe siècle. Le cinéaste filme les femmes au quotidien, les corps, les ombres, les rancœurs et les rivalités. Mais aussi la femme-objet, traitée, maltraitée, déshumanisée. Le film, lent, sombre et planant, rappelle par ses thématiques la Vénus Noire de Kechiche. Mais L’Apollonide s’impose avant tout comme une poésie déchirante et intemporelle, parfois étanche mais toujours envoûtante.
Dans les autres sélections :
Hors-Satan (Un Certain Regard) – Froidement accueilli, le film de Bruno Dumont est une réelle déception. Pendant 1h50, on y suit les errements d’un pauvre type paumé qui tue des gens. Parfaite occasion pour découvrir les meilleurs sentiers de randonnée du Nord-Pas de Calais. Pour le reste, on s’ennuie ferme.
Las Acacias (Semaine de la Critique) – Un roadtrip argentin durant lequel un chauffeur routier prend en stop une femme et son bébé. Si vous aimez les longs champs/contre-champs d’un homme passant son temps à conduire, ce film est fait pour vous. Me concernant, je suis parti au bout de 20 minutes.
Take Shelter (Semaine de la Critique) – Le délire paranoïaque d’un homme rêvant de tempêtes, de tornades et de corbeaux s’écrasant sur la route. On pense souvent à un mauvais Shyamalan : difficile d’adhérer à ce film empêtré entre caméra subjective (ah non, ce n’était qu’un rêve) et purement objective. Une belle énigme insondable signée Jeff Nichols.
Snowtown (Semaine de la Critique) – Dans la lignée misérabiliste d’Animal Kingdom, le film plonge dans une banlieue violente et désespérée. Tout le monde est malheureux, au chômage et/ou se fait violer. Snowtown aligne les scènes crues, dont la longueur confine parfois à l’insoutenable. Inutilement provocateur pour au final ne pas dire grand-chose, le film sombre dans le tape à l’œil totalement vain et dégoûtant.
12 mai
Dormir. Manger. Deux notions qui perdent tout leur sens à Cannes. L’essentiel du temps, on le passe devant les films et devant les salles à espérer ne pas se faire refouler à l’entrée – à moins de posséder une invitation, pour les films en compétition.
L’un des événements marquants de la journée fut la projection du nouveau Gus Van Sant, Restless. Le film faisait pour l’occasion l’ouverture d’Un Certain Regard, en présence de l’équipe – longuement ovationnée à la fin de la séance. Intimiste, sensible et humble, Restless est une histoire d’amour et de mort, épurée, belle et déchirante. Gus Van Sant signe un film simple et profond, qui touche droit au cœur.
Autre film vu, cette fois en compétition officielle : We need to talk about Kevin, de Lynne Ramsay. Tilda Swinton interprète magnifiquement une mère ayant mis sa vie professionnelle de côté pour donner naissance à son enfant. Mais le petit Kevin, de plus en plus étrange et inquiétant, va peu à peu basculer dans une inexplicable folie. Aux confins du drame social et du film de genre, We need to talk about Kevin est une sorte d’Haneke anglais, implacable et radical. En évitant le risque de la psychologisation à outrance, le film questionne plutôt finement l’amour maternel et le sentiment de culpabilité.
11 mai
Le marché du film bat son plein, les places s’arrachent aux stands… Entre les quidams qui mendient pour une place à la sortie du Palais et les invitations pour les soirées glanées ici et là, le Festival sourit aux plus débrouillards. Si l’essentiel de la couverture médiatique s’est concentré sur la soirée d’ouverture et la projection du nouvel opus semble-t-il réussi de Woody Allen, les projections AFCAE continuaient et s’achevaient pour leur part dans la Salle du Soixantième, installée entre le plage et le Palais des Festivals.
Véritable coup de cœur de la journée : L’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller (Versailles), par ailleurs présenté dans Un Certain Regard. Le choix discutable du titre révèle parfaitement l’originalité du film, proposant une véritable plongée dans la vie quotidienne d’un homme d’Etat. Si la politique semble devenir un nouveau sujet tendance dans le cinéma français (que l’on pense à La Conquête de Xavier Durringer ou au récent Président d’Yves Jeuland), Pierre Schoeller choisit l’angle du thriller psychologique noir, entre luttes de pouvoir et crise économique. Olivier Gourmet, Michel Blanc et Zabou Breitman excellent dans un scénario passionnant et surprenant, écrit avec une rare finesse. Nul doute que le film fera parler de lui lors de sa sortie – probablement à l’automne prochain.
Le nouveau film de Philippe Ramos, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, a également été présenté. Jeanne Captive, avec Clémence Poesy, Thierry Fremaud et Mathieu Amalric, dresse le portrait des derniers jours dans la vie de Jeanne d’Arc. La sobriété formelle et scénaristique de la réalisation peut dérouter, mais le film recèle des moments de cinéma fascinants dans leur ascétisme.
Enfin, nous ne nous attarderons pas sur Bonsaï du chilien Cristian Jimenez – présenté dans Un Certain Regard. Vite vu, vite oublié.
10 mai
L’espace d’une journée, la population cannoise semble avoir triplé. Les techniciens testent les projecteurs en haut des marches, les services municipaux installent les barrières derrière lesquelles défileront bientôt les limousines tandis que déjà, des dizaines de photographes s’entassent avec leurs escabeaux. Pendant ce temps, Michel Denisot sourit aux caméras de BFM à l’entrée du Majestic et l’AFCAE organise sa 2ème journée de rencontres, notamment marquée par trois projections de films dans la salle Debussy du Palais des Festivals.
Les Géants tout d’abord, de Bouli Lanners, qui fera la clôture de la Quinzaine des Réalisateurs. Le film suscite une réelle curiosité auprès des festivaliers, son réalisateur ayant remporté trois prix à la Quinzaine en 2008 pour Eldorado. Autour des aventures marginales de trois adolescents livrés à eux-mêmes, Les Géants est construit comme un conte initiatique moderne en pleine nature. Si le film séduit grâce à l’interprétation parfaite de son trio de jeunes acteurs, il pèche par son manque global d’ambitions et d’enjeux.
Autre déception : Les Hommes Libres d’Ismaël Ferroukhi (Le Grand Voyage). Exclu de toute sélection, le film doit se contenter d’une séance lycéens. Tahar Rahim y interprète un jeune émigré algérien engagé par la police française sous l’Occupation pour espionner le recteur de la Mosquée de Paris (Michael Lonsdale). On ne niera pas les vertus pédagogique de l’œuvre, mais l’électrocardiogramme cinématographique est quant à lui au plus bas. Les Hommes Libres a certes le mérite de rendre hommage à la population algérienne et maghrébine en France dans les années 1940, mais ne décolle jamais. Film sans papiers, film sans identité.
Cette journée AFCAE fut enfin l’occasion pour Robert Guédiguian de venir présenter Les Neiges du Kilimandjaro, par ailleurs sélectionné pour Un Certain Regard. Les avis que j’ai pu recueillir sont plutôt tièdes, mais refoulé à l’entrée pour des raisons débiles voulant qu’on ne puisse occuper tous les sièges d’une salle de cinéma, je n’ai pas pu visionner le film.
Rendez-vous demain pour la 3ème et dernière journée AFCAE avant le début du “vrai” Festival, qui ouvre ses portes ce mercredi avec la projection du nouveau Woody Allen, Midnight in Paris.
09 mai
La croisette commence sérieusement à s’animer, et pour cause. Si le Festival commence officiellement mercredi, les projections ont déjà débuté au Palais des Festivals avec les visionnements de l’AFCAE (Association Française des Cinémas Art et Essai). Quelques centaines d’exploitants de salles de cinéma indépendantes s’y rassemblent chaque année, l’occasion de visionner en avant-premières quelques films de la sélection officielle – et des sélections parallèles. Et autant dire que cette première journée était attendue, avec les projections des Biens Aimés, le nouveau film de Christophe Honoré en sa présence (programmé officiellement en clôture du Festival le 22 mai prochain), et de La Guerre est Déclarée.
Les Biens Aimés se révèle être probablement le plus film le plus ambitieux de Christophe Honoré – 2h20 de fresque amoureuse des années 1950 à 2007. Après Homme au Bain, le cinéaste revient au film musical dans la lignée des Chansons d’Amour, offrant à Chiara Mastroianni, Louis Garrel ou encore Catherine Deneuve l’occasion de pousser la chansonnette. Les passerelles entre les deux films sont évidentes – le deuil, l’ambiguïté sexuelle, le conflit parental… – mais Les Biens Aimés lorgne vers le capharnaüm scénaristique, surfant entre ses personnages d’une époque à l’autre sans jamais parvenir à les rendre attachants. Quelques chansons relèvent la sauce, mais le film peine à passionner sur la longueur.
Bonne surprise en revanche pour La Guerre est Déclarée de Valérie Donzelli, qui avait déjà fait forte impression l’année dernière avec La Reine des Pommes. Présenté à la Semaine de la Critique, ce film autobiographique raconte le combat d’un couple pour sauver son enfant atteint d’une tumeur au cerveau. Loin de la sobriété formelle que le sujet aurait naturellement pu imposer, La Guerre est Déclarée est à la fois léger et grave, drôle et triste, spontané et émouvant. Une belle dose d’inspiration dans le paysage du cinéma français.
![[16 mai] En direct de Cannes Du 9 au 22 mai, KUB3 est sur la Croisette... Critiques, anecdotes, coulisses : c'est par ici !](http://www.kub3.fr/wp-content/themes/branfordmagazine/images//2011/05/miniafestivalcannes2-620x250.jpg)



Il faut quand même avouer que la séquence de volley-ball de Habemus Papam frôle la comédie-romantique de base. Non?