L’idée avait de quoi faire sourire. Installer Guy Ritchie aux commandes d’une franchise aussi poussiéreuses que Sherlock Holmes, il fallait oser. Lui laisser les coudées franches pour qu’il s’amuse avec la caméra comme par le passé, c’était carrément dangereux. Et pourtant, Sherlock Holmes est un film bien plus personnel que prévu. A deux-trois détails près.
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Sherlock Holmes était un curieux personnage. Comme Frankenstein ou Dracula, le détective est plus connu pour ses différentes incarnations cinématographiques que pour son « existence » littéraire. Son « élémentaire mon cher Watson » n’apparaît par exemple jamais dans les différents ouvrages de Arthur Conan Doyle. Ses addictions diverses, sa sociopathie et sa mauvaise humeur légendaire ne se retrouvent quasiment pas dans les dizaines de films et de série dont il est le héros.
C’est donc avec surprise que le film suit de plus près le texte que les images. Laissant alors champ libre à Ritchie pour créer un univers. Entre un Baker Street étouffant, des ruelles sales, des docks humides et des cimetières gris, Ritchie n’innove pas mais donne une couleur différente à ce Londres des bas-fonds.
C’est derrière la caméra qu’on le retrouve, non pas en gamin farceur comme dans Snatch mais comme quasi-esthète, dès un premier travelling tremblant jusqu’à une scène d’action finale et pleine d’ampleur. On peut aussi compter sur quelques scènes plus folles, jouant sur les ralentis, commentées par un Holmes-karatéka brisant rotules et mâchoires. Enfin, dernière folie, le film flirte avec le steampunk et le fantastique, même si tout est, au final, expliqué de façon plus ou moins scientifique.
Ritchie est avant tout un cinéaste du montage et il s’en donne à cœur-joie. Les actions sont claires et limpides, parfois découpées avec une précision chirurgicale pour notre plus grand bonheur. Il est là le principal défaut mais aussi la plus grande qualité de Sherlock Holmes : c’est un beau spectacle, attrayant et vivant, resté toutefois dans les barrières de sécurité d’Hollywood. Holmes se lave les mains de la chute finale du méchant par exemple et les allusions sur les addictions diverses de Holmes – la cocaïne utilisée à l’époque comme anesthésiant pour la chirurgie oculaire – et de Watson – le jeu – sont aussi vagues que discrètes.
Plus triste encore, la présence des personnages féminins semble presque rapportée. Sans aucune influence véritable sur l’intrigue ou l’action, on a l’impression que la polémique homo-érotique entre Watson et Holmes n’ait poussé le studio à les incorporer manu militari. Polémique sans véritable fondement : le vieux couple, rappelant les bons vieux buddy movies des années 80, sauce « vieux couple sur le déclin », est jouissif.
Difficile de reprocher quoi que ce soit à ce Sherlock Holmes moderne mais divertissant, rock ‘n roll mais mainstream. On attend de voir ce que Ritchie pourra nous inventer la prochaine fois, avec un brin de folie en plus.

En salles le 3 février 2010
Photo : © Warner Bros. France
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Effectivement, on n’a pas grand-chose à reprocher à ce Sherlock Holmes efficace et divertissant, si ce n’est peut-être un peu trop de plans d’ambiance (au quinzième vol du corbeau on commence à se dire qu’on a compris le côté “magie noire”). J’ai trouvé que le fait de révéler un côté tyrannique chez Holmes permettait de rééquilibrer un peu les deux rôles, alors que Holmes est dans la mémoire du public (je crois) davantage mis au premier plan que Watson. Holmes est peut-être bon dans ce qu’il fait mais il est aussi insupportable, et il a beaucoup de mal à envisager de vivre sans son acolyte. C’est pas mal non plus que Ritchie ait repris l’image du détective rationnel certes, mais porté sur les opiacés : toutes les réponses ne se trouvent pas dans la raison droite et pure. On avait vu un peu ce type de personnage dans le Jack l’Eventreur avec Jonnhy Depp, et elle se faisait démonter dans Sleepy Hollow.
Sorti pour ma part véritablement déçu de ce Sherlock Holmes 2010.
Fait à relever,pour les amoureux du personnage, celui qui à l’air le plus anglais sur l’affiche, et qui de fait évoque de façon logique Holmes ( petite moustache, chapeau, canne, air distingué ) est Jude Law, alias Watson.
Le bellâtre décoiffé et mal rasé qui ressemble à un italien, c’est lui, Sherlock Holmes. Et je ne suis pas le seul à m’être fait avoir.
Tout a été pour moi à l’instar de cette ridicule erreur de casting: L’humour anglais est noyé dans une sauce blockbuster affligeante, la seule scène digne d’intérêt – et qui rappelle la finesse du détective et son sens de l’observation résidant pour moi dans la discussion au restaurant où il devine le passé de la fiancée de Watson et se prend un verre de vin dans la tronche.
Notons que le seul moment où le réalisateur daigne passer de la musique anglaise, c’est au générique de fin.
Le film est saturé de scènes d’actions bidons ( le retour ad nauseam du colosse français ), et les reconstitutions pointilleuses – et lourdingues ( ah ! la scène de catch ! ) du Londres de l’époque ne sont là que comme pour se décharger du fait que les personnages n’ont finalement plus rien d’anglais.
Enfin, pour élargir le débat au delà des portes du pavillon de Baker Street, cette dénaturalisation du personnage, cette idée d’en faire un personnage d’action internationalisé, d’en gommer ses aspérités, me rappelle le sort d’un autre personnage-symbole britannique: James Bond.
Que vient là faire un acteur blond, aux abdos en chocolats, au regard bleu acier à la Poutine, dans le rôle de l’agent 007 ? Sean Connery était écossais, certes, Brosnan irlandais, Lazemby gallois et Roger Moore anglais..
Mais on les sentait britannique, décalés, dotés d’un certain état d’esprit, de l’humour dont est doté un peuple qui a pu inventer des trucs aussi bizarres que la Strawberry Jelly ou le Commonwealth ( pardon je m’égare).
Bref, on sent derrière ce Sherlock Holmes toute la puissance hollywodienne, et l’assurance d’un film sans prise de tête – comme tu dis, “rock and roll mais mainstream..”
Pas encore vu le film, mais très intéressant, ce rapprochement avec 007. Il est clair que Daniel Craig ne fait pas très britannique dans l’esprit, même s’il est né à Chester. Pourtant je le trouve personnellement plutôt classe et flegmatique quand il porte le costume et qu’il ne fait pas le bourrin (cf. les premières scènes au Montenegro dans Casino Royale). Si les James Bond ont perdu de leur charme ainsi que la finesse du personnage (dont l’humour se retrouve réduit à l’obsession sexuelle), je pense pour ma part que c’est plus une question de réalisation que d’interprétation.
Par rapport à Sherlock, je me suis dit la même chose que toi en voyant la bande-annonce et en imaginant Jude Law dans le rôle du détective. Et c’est intéressant que tu évoques cette dénaturation du personnage : j’ai l’impression que les critiques sont vraiment divisées sur ce sujet.
Je vais tenter de le voir dans la semaine, on en parlera ! (et j’aimerais relire Le Chien des Baskerville, haha)
Mouais. J’ai pas vu un film de Sherlock Holmes mais plutôt une adaptation de Dan Brown…