Passer de la bande dessinée au cinéma était un pari risqué. Troquer ses propres personnages pour une icône qui vous dépasse l’était encore plus. En réalisant Gainsbourg (vie héroïque), Joann Sfar avait donc plus d’une raison de se casser les dents. Mais que les fans du premier comme du second se rassurent : le film sublime “l’homme à la tête de chou” tout en confirmant la place de Sfar parmi les artistes les plus doués de sa génération.
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Non, il ne s’agit pas d’un énième “biopic” venant succéder à Ray, Walk the Line et consorts. Plutôt que cumuler les poncifs du genre, Sfar a fait le choix d’aborder son sujet à la manière d’un conte. Le résultat étonne dans un premier temps, séduit dans un second. “La gueule” par exemple, poupée famélique incarnant la part d’ombre de Gainsbourg, s’impose au fil du film comme un protagoniste naturel.
Paradoxalement, le ton choisi permet une bien meilleure identification avec le personnage central. Le scénariste de Donjon décide à bon escient de ne pas trop s’encombrer du réel et de la vraisemblance. Et évite du coup la contemplation passive d’un destin fantastique sur lequel un “biopic” avait de fortes chances de déboucher. Il ne s’agissait donc pas pour Sfar de vitrifier la vie de l’artiste en destinée mais plutôt de s’arrêter sur les différentes étapes de son existence, de montrer ses doutes et ses contradictions.
On l’aura compris, la forme assumée de la narration est le principal atout de ce film. Mais il ne faut pas pour autant oublier le reste.
Il y a d’abord les acteurs. Eric Elmosnino peut prétendre sans rougir à une récompense pour son interprétation. Si les maquilleurs ont certes fait des merveilles pour le transformer en Lucien Ginsburg, la justesse de son rôle tient avant tout à son incarnation bluffante. S’ajoutent à cet acteur magnétique une jolie brochette de stars actuelles rendant un bel hommage aux célébrités du passé : Laetitia Casta surprend en Brigitte Bardot, Philippe Katerine convainc en Boris Vian espiègle, Lucy Gordon séduit en candide Jane Birkin.
Il y a ensuite une mise en scène impressionniste jouant particulièrement sur les éclairages. Joann Sfar a réussi sans encombre à passer de la liberté de son fusain au carcan rigide du plateau de cinéma.
Enfin et surtout, le dessinateur fait la part belle à la musique, trop souvent reléguée au second plan dans ce genre de film. Plutôt que de servir de prétexte pour montrer l’artiste en concert et étaler l’étendue de son succès, chaque titre procède d’une mise en scène particulière et s’associe à une des nombreuses rencontres qui ont jalonné la vie du chanteur. Ici Gainsbourg interprète Comic Strip avec Bardot, là les Frères Jacques reprennent en cœur son célèbre Poinçonneur des lilas. Il s’agit donc plus d’une jolie mise en images de la musique de Serge Gainsbourg que d’une banale mise en musique de sa vie. Et c’est une réussite.

En salles le 20 janvier 2010
Crédits photos : © Universal Pictures
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Comme me l’a fait remarquer une amie, Gainsbourg n’a-t-il pas déjà suffisamment esthétisé sa vie ( dandy sur les plateaux télés, coup de gueule à Strasbourg, engueulade avec Guy Béart etc etc ) pour avoir le besoin d’en faire un film ?
Ca doit faire plaisir aux décorateurs de recréer une ambiance, une époque, mais Gainsbourg ne se suffit-il pas à lui même ? Dans le sens où les archives sont assez éloquentes.
Autre chose, le coup de la poupée famélique, Bob Dylan l’a fait ( en vrai ) dans sa tournée de 1966, face aux journalistes notamment à Paris. Agitée sur ses genoux, elle répondait aux questions et se foutait de la gueule du monde. On peut voir ça sur Youtube.
Dernière chose, ” un pari risqué” ca sonne mieux.
@Marc :
Ton point de vue est intéressant. Mais tu donnes l’impression que chacun est prêt à aller fouiller pendant des heures dans les archives de l’INA pour trouver les vidéos intéressantes sur Gainsbourg. Or c’est loin d’être le cas.
J’ai pour ma part découvert des choses que je ne connaissais pas sur la vie de l’artiste, tout en prenant plaisir à contempler une œuvre à part entière. Car le film de Sfar n’a rien à voir avec les images d’archives. Derrière les décorateurs que tu mentionnes, il y a avant tout un réalisateur.
Pour la poupée je ne vois pas trop le rapprochement, sachant que dans le film cet alter-ego ne sert d’interlocuteur qu’à Gainsbourg lui-même, et n’est vu par personne d’autre.
Une dernière remarque également : “ça” sonne également mieux avec une cédille.
Ca roule, merci de ta réponse