Sanglée dans son uniforme noir des Waffen SS, Ilsa fouette une prisonnière jusqu’au sang. Puis, lâchant sa cravache, elle se dirige vers le colonel américain et lui susurre un “prends-moi” langoureux alors qu’en sourdine résonne le fameux chant national socialiste “Die Horst Wessel Lied”. Amis du mauvais goût, Heil ! Cette analyse vient dépoussiérer un genre cinématographique trop méconnu, le “Nazi Porn” ou “Nazi Exploitation”.
Llsa, la louve des SS représente en effet un jalon dans l’histoire de ce courant, puisqu’il est un des premiers films de Nazi exploitation. Le tout premier étant, selon les aficionados, Camp Spécial Numéro 7, sorti en 1968 et immédiatement atomisé par la critique. Il faut dire que Ilsa la louve des SS passe également un sale quart d’heure lors de sa sortie en 1974 (à titre indicatif, Gorge profonde sort en 1972) : pointé du doigt pour obscénité et mauvais goût absolu, chacun y alla de son petit refrain outré, et même l’État d’Israël protesta vigoureusement.
L’histoire en quelques mots est celle d’Ilsa, doctoresse fanatiquement nazie, qui mène des expériences pour le moins fantaisistes du point de vue scientifique dans un camp de concentration. Son idée fixe est de trouver une fille qui serait supérieure (entendez “moins sensible à la douleur”) que les hommes, d’où les expériences sadiques auxquelles elle se livre (godemichets électriques, doigts de pieds cisaillés, hydrocutions, ébouillantages)… En bonne nymphomane, Fräulein Ilsa cherche également un homme qui ne “faillerait” pas, et émascule en toute logique tous ceux qui sont passés entre ses bras et l’ont déçue. C’est finalement Wolf, soldat américain fraîchement arrivé au camp, ayant appris “dès la puberté à se contrôler” (sic), qui finira par avoir raison de Ilsa… Tout un programme.
Attention, certaines images peuvent choquer
Cadrage approximatif, franc mauvais goût (ah, les scènes d’inoculation de vers porteurs de la gangrène sur les prisonnières !), dialogues d’un ridicule jubilatoire : Ilsa, la louve des SS se distingue des autres films de Sexploitation par un budget important (chars d’assauts, cascades, camions certes américains mais pas trop mal maquillés) et une personnage principale au jeu d’actrice plutôt réussi.
Histrions et fanas de la période, vous serez émus de savoir que le personnage de Ilsa s’inspire de la femme du commandant du camp de Buchenwald, Ilse Koch (aussi appelée la “sorcière de Buchenwald”), qui fut jugée en 1945 pour atrocités, sadisme et tortures sur les prisonniers du camp. Elle avait entre autres monté une collection de tatouages de déportés, conservés dans du formol. Mais mis à part cela et les expériences tristement célèbres du “Docteur” Mengele à Auschwitz (dont la fuite après la guerre est reprise de façon admirable dans Marathon Man ), le scénario n’a absolument aucune valeur historique sérieuse.
Notons que deux suites ont été filmées dans la seconde moitié des années 1970, Ilsa, la gardienne du harem puis Ilsa, la Tigresse du Goulag, toujours avec Dyanne Thorne dans le rôle-titre… Mais les deux films resteront inférieurs au choc de La Louve SS. Ce premier opus reste ainsi comme un OVNI, l’un des derniers exemples (plus qu’une seule copie en France !) d’un cinéma d’un mauvais goût grandiose, comme si Russ Meyer plongeait en apnée dans la lecture de Signal, à une époque où, rappelons-le, les cinémas X existaient encore en France.

Ilsa, la louve des SS (Ilsa, She Wolf of the SS), 1975
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Ca me fait penser à un des derniers clips de Rammstein, vraiment dégueu aussi, le bien nommé Rammstein Pussy http://www.visit-x.net/rammstein/
Faudra m’expliquer l’intérêt de ce genre de films, si ce n’est la provocation gratuite, ou comme tu le soulignes, le mauvais goût. Marc, j’aimerais que tu m’expliques puisque tu as écris un article dessus, what’s the point ?
@JC : Disons que c’est assez tordant à voir, en tout cas aujourd’hui avec le recul, concernant Ilsa. Après c’est effectivement du cinéma d’exploitation, donc artistiquement y a rien, c’est un pur produit commercial de “divertissement”…
C’est marrant que tu cites Rammstein, car c’est si facile de faire de tels clips aujourd’hui, les sites de porno sont en accès libre sur Internet, le hard rock c’est tendance, etc..
Ce qui est interessant, c’est les précurseurs, Marilyn Manson filmé dans Bowling for Colombine, “Delivrance” de John Booman, Cannibal Holocaust, etc.
Tout ce qui s’est a un moment donné elevé contre la bonne conscience ambiante, les hippies et le retour à la nature sur Délivrance et Cannibal Holocaust, ou la Shoah et les insignes nazis pour Llsa.
Il faut regarder Llsa comme un film à l’esthétique punk, tout en prenant conscience de la pauvreté des dialogues, faiblesse des cadrages etc.. Pour mieux en rire. Mais pour aussi retrouver avec ce genre de film une réelle subversion.
Ce film est produit d’un contexte particulier, les années 70, la libéralisation sexuelle, et en Amerique, allié d’Israel, on peut faire des films comme ça, trente ans apres la Shoah, avec un budget assez important qui plus est.
Tu connais un peu Russ Meyer ? C’est du Russ Meyer puissance 10, une BD de mauvais gout pour adulte - mais ” mauvais gout” n’est pas pour moi péjoratif.
J’ai lu quelque part que Tarantino avait accroché au film, on retrouve un certain sens de la série B dans Death Proof mais surtout dans Planet Terror de Robert Rodriguez, un peu dans Inglorious Bastards ( que je n’ai personnellement pas aimé, The Dirty Dozens étant largement au dessus de son remake).
Effectivement, l’intelligence de Tarantino a été de dépasser dans ces films hommages au Sexploitation la pauvreté esthétique des cadrages, des dialogues, de la musique etc.. En cela, Death Proof est un très bon film.
@Arthur: ah merci pour le lien wikipedia !
@Marc: ok j’ai saisi. C’est un peu dans le même esprit que le Death Proof de Tarantino ou le Planet Terror donc. Absurde et grotesque. Pourquoi pas effectivement. Bon après jouer avec la symbolique nazie c’est comme toujours je vois pas trop l’utilité, ça doit être mon côté conformiste
Ca a peu d’intérêt de juger de ces films à l’aune de nos considérations actuelles par rapport à la réutilisation de signes/d’insignes nazis. Si aujourd’hui, c’est parfois le signe d’une recherche de rebellion cheap et relativement facile, provocation toujours efficace et coup de projecteur, dans les années 1974, l’envergure est toute autre. Si les commentaires sur la pauvreté des dialogues etc. la peut-être faiblesse artistique (mais n’aimons-nous pas les séries B souvent pour ça ?) sont justifiables, la portée transgressive de ce film en 1974 est majeure.
Et pour cela le scandale.
En 1974, ce n’est pas encore mille fois vu, et l’association du nazisme au sexe de manière si visuelle et directe est relativement nouvelle.
Ce n’est pas forcément une association souhaitable, et encore aujourd’hui de nombreux clichés sont portés par ces uniformes et les potentielles sexualités qu’ils signaleraient.
Mais cela pousse le spectateur, nous pousse, à interroger. La valeur esthétique du nazisme, et de là l’une de ses grandes forces de persuasion, le fait de revenir dans les années 1970 sur un épisode que l’on tentait d’enfouir à grands renforts de silence; et par le choc, de forcer la société à la confrontation, les yeux non détournés..
l’eau du bain est un peu sale, mais ne jetons pas le bébé !
Il faut y lire aussi l’exorcisation des maux d’une société, comme souvent par la provocation, la transgression, l’extrême et le mauvais goût, la caricature. Que le message soit plaisant ou non, souvent il existe matière à réflexion et c’est de cela qu’il faut agir.