“Soeur Sourire”, l’histoire d’une fille

Dominique-nique-nique s’en allait tout simplement… Ou comment une petite chanson sans prétention, tout juste bonne à amuser autour d’un feu de camp, est devenue en 1963 un véritable phénomène de société en France, mais aussi aux Etats-Unis, dépassant les Beatles et Elvis Presley en termes de ventes. Son interprète ? Sœur Sourire.

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Dans ce biopic à petit budget et tourné rapidement, bien loin de l’ambition hollywoodienne de La Môme, Stijn Coninx dresse un portrait tout en finesse de cette femme d’exception. On la découvre en 1959. Cherchant à fuir l’autorité parentale, mal dans sa peau, elle décide de rentrer au couvent. Mais Jeanne-Paul Marie Deckers ne supporte pas l’austérité de la vie religieuse. Petit à petit, celle qui se fait maintenant appeler Sœur Luc-Gabriel compose et chante, guitare à la main. Devant le succès qu’elle obtient auprès des autres sœurs, sa hiérarchie décide d’en profiter pour moderniser l’image de l’Eglise en lui faisant enregistrer l’une de ses chansons. Le succès de Dominique est immédiat, entretenu par le mystère qui s’organise autour de la chanteuse. Elle n’apparaît que de dos sur les pochettes de disques, tandis que son véritable nom est gardé secret…

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Sœur Sourire est d’abord l’histoire de l’ascension de cette femme mais aussi celle de sa déchéance, comme le cinéma aime à en filmer. Portée par l’impression d’être adulée par le monde entier alors qu’elle n’est qu’un produit marketing diablement efficace, et privée de tout bénéfice financier revenant de droit au couvent, sa désillusion n’en est que plus grande lorsqu’elle quitte les ordres en 1966. Jeannine Decker ne peut plus faire usage de son nom de scène (qu’elle juge d’ailleurs ridicule)… et elle a beau écrire quelques chansons féministes engagées très en avance sur leur temps, elle n’intéresse plus grand monde et préfère se replier avec sa compagne, sans toutefois accepter publiquement son homosexualité. Le film s’attache alors à montrer son destin tragique qui se fomente petit à petit, sans toutefois tomber dans le pathos.

On l’aura compris, l’une des forces de Sœur Sourire, c’est son histoire et ses niveaux de lecture imbriqués. A la fois reconstitution de la France des années 60 et de ses mentalités, portrait d’une femme étonnante et à la personnalité complexe, histoire d’amour et d’acceptation de soi beaucoup plus intemporelle, le film bénéficie d’un grand potentiel dramatique et joue sur toutes ces échelles.

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L’ensemble séduit tout d’abord par son ton résolument léger, parfois drôle, et dégage une ambiance réellement agréable, d’emblée prenante. Cécile de France incarne son personnage avec une justesse et une sincérité évidentes… Malheureusement, le film ne tient pas ses promesses sur la longueur. Il souffre d’une réalisation plate et s’enferme dans une mise en scène bien trop sage, se contentant de montrer sans insuffler de passion. A la fraîcheur initiale succède la morne disgrâce de Sœur Sourire. Le scénario tend parfois à rendre ses motivations trop obscures, et jamais ne parvient à susciter la tension et le malaise nécessaires face à la tragédie des situations.

Cependant, bien que décevant surtout dans sa 2ème partie, Sœur Sourire reste un moment de cinéma d’abord sympathique, ensuite touchant. Le film bénéficie d’une très bonne interprétation et d’un personnage principal captivant dans ses contradictions, à contrecourant de son époque et des valeurs traditionnelles de l’Église encore prégnantes dans notre société actuelle.

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Sortie le 29 avril

Crédits photos : Jean-Claude Lother

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