“Milk” : le nectar du cinéma

C’est plus qu’une cause : c’est pour notre vie que nous nous battons”. Harvey Milk, la mèche folle et habituellement peu avare de plaisanteries graveleuses, n’en démord pas moins lorsqu’il s’agit de faire comprendre l’importance de son combat. Dans son dernier film, Milk, Gus Van Sant retrace les huit dernières années de celui qui, au terme d’une bataille sans merci contre les préjugés ancrés au cœur de la société américaine, aura finalement réussi à devenir conseiller municipal de San Francisco. Plus qu’une simple victoire politique, c’est la communauté gay toute entière qui se retrouvait propulsée sur le devant de la scène, ayant enfin l’occasion de dévoiler au monde les plaies et les bleus infligés par cette part sombre de l’Amérique, celle qui glorifie l’individualisme tout en fustigeant la différence.

Quittant New York pour s’inventer une nouvelle vie en compagnie de son amant Scott Smith (James Franco, qui a notamment joué dans la trilogie Spiderman), Harvey Milk s’installe à San Francisco pour y ouvrir un magasin de photographie, dans le Castro district. Un quartier qui devient bien vite le rendez-vous ainsi que le refuge de nombreux homosexuels américains. C’est ici que Milk décide de donner un sens à sa vie en devenant un activiste de premier ordre, militant pour la cause gay. Son entêtement à se faire élir finit par payer, au prix de ses aventures amoureuses avec Scott Smith, ainsi qu’avec Jack Lira (joué par Diego Luna, Le Terminal). L’horizon semble alors s’éclaircir pour l’ensemble de la communauté, aux prises avec des propositions politiques toujours plus discriminantes. Mais c’est sans compter la présence du conseiller Dan White (joué par Josh Brolin, No Country for Old Men, Planet Terror) qui voit d’un œil mauvais le rayonnement politique dont fait preuve son collègue conseiller.


On est loin des dénonciations franches façon Virginie Despentes (réalisatrice de Baise-moi), mais on ne sombre pas pour autant dans le mièvre et le mielleux. Jouant d’un va-et-vient permanent entre le moment où Harvey Milk enregistre ses mémoires et les différentes étapes de sa vie politique, ainsi que d’une alternance entre scènes filmées et images d’archives, Gus Van Sant (Good Will Hunting, Elephant, Last Days ) nous fait voyager entre une position narrative et une plongée dans l’action, entre la fiction et la réalité. Le résultat est bluffant : on palpite en suivant pas à pas la naissance et la reconnaissance progressive d’une icône politique, magistralement interprétée par Sean Penn (Mystic River, 21 grammes, réalisateur d’Into the Wild). Tout, du physique à la gestuelle en passant par le ton de la voix, est un appel au plébiscite devant une telle performance. Question transfiguration, l’acteur n’a rien à envier à Philip Seymour Hoffman, adulé pour son interprétation dans Truman Capote.


Placé dans le contexte actuel, ce bijou du cinéma prend une résonance toute particulière lorsque l’on sait que le 18 décembre les États-Unis on refusé de signer une déclaration symbolique portant sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité, ce qui les fait figurer aux côtés de pays tels que la Russie, la Chine ou l’Iran. Tout reste également à faire au niveau local puisque la Californie, l’État même dans lequel Harvey Milk était élu, vient récemment de délégaliser le mariage homosexuel, alors même que 18 000 couples gays s’étaient déjà unis.

Je m’appelle Harvey Milk et je suis ici pour vous mobiliser” avait-il l’habitude d’annoncer en préambule de chacun de ses discours. Pour ma part, si il était encore là pour prononcer ces mots, nul doute que ce serait déjà fait.

Sortie nationale le 4 mars 2009.

Voir la bande annonce

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