« Pour nous “rap” signifie essentiellement R.A.P = Réapprendre A Parler ».
Voilà toute l’essence du hip-hop africain résumée en une seule phrase par un membre du groupe camerounais Négrissim’ : reprendre la parole et pousser une gueulante sur un continent où il y a tellement à faire que toute action semble vaine et, au travers du rap, se réapproprier une fierté dont on les avait dépossédée. C’est avec cet objectif pour seul horizon que le mouvement musical trouve en Afrique un nouveau souffle, comme le montre sans ambiguïté le coffret Fangafrika, la voix des sans-voix, sorti en mars dernier.

Trois parties distinctes, comme les trois côtés d’un certain triangle historique que l’on a bien du mal à exorciser. Ce tryptique, composé d’un livre, d’un DVD ainsi que d’un CD 16 titres, vous transporte illico en Afrique de l’Ouest, alors même qu’une révolution culturelle est en marche. Le rap s’impose naturellement comme un vecteur d’idées et de revendications dans des cultures qui ont depuis longtemps reposé sur une tradition orale. Aux amateurs d’exotisme condescendant, passez cependant votre chemin. Oubliez la ceinture de bananes de Josephine Baker : les groupes présentés ici ne sont pas là pour faire figuration et imiter les amerloques ou les frenchies, en attendant de devenir grands. Question son, Mos Def et Dr Dre ont bien du soucis à se faire.

Car même pour un novice comme moi en matière de hip-hop (et même relativement hermétique parfois, il faut bien l’avouer), le doute n’a pas sa place : ces mecs envoient. Et du lourd. Le documentaire vous emmène à Ouagadougou au moment du festival “Ouaga Hip Hop”, la plus grande manifestation de rap d’Afrique de l’Ouest. L’occasion de faire la connaissance de groupes tels que WA BMG 44, Tata Pound, Ouaga All Starz et les autres. Et le plaisir reste entier lorsqu’on attaque le CD.
Pour vous donner une idée, un petit florilège de sons et d’images est à trouver sur le myspace de Fangafrika. Pour exemple écoutez 9 pour 1 cause de Faso Kombat (ne serait-ce que pour l’instru) ou Citoyen du monde par Konkret 53. Ces groupes pourraient sans problème donner des leçons aux bad boys de pacotille qui pullulent aujourd’hui sur la scène musicale. Qui est le plus crédible: celui qui chante “bienvenue au Faso” ou l’autre qui, comme Tony Parker, joue au rappeur en nous souhaitant la “bienvenue au Texas”?

Il y a quelques décennies le jazz quittait les plantations pour remonter les rives du Mississipi jusqu’à Chicago, donnant naissance au blues. Ici le rap, né dans les ghettos américains, a remonté le temps pour renouer avec ses racines africaines, se colorant d’une énergie contestataire bien éloignée des Cadillac Escalade aux carrosseries rutilantes et autres bombes siliconées.

La tracklist :
1 – Citoyen du monde – Konkret 53 / Œil du cyclone
2 – 9 pour 1 cause – Faso Kombat
3 – Quand je suis né je n’étais pas à poil frère – Négrissim’
4 – Le cri du peuple – Didier Awadi
5 – Interlude – La voix des sans-voix
6 – Boulevard – Is
7 – A qui profite le crime ? – Smockey
8 – L’âme du peuple – Apkass
9 – Interlude – La voix des sans-voix
10 – Ca va péter – Pee Frois
11 – Danger – WA BMG 44
12 – Mon Pays S.A – Tata Pound
13 – Douta Mbaye – Alif
14 – Le Rap – ZM
15 – Interlude – La voix des sans-voix
16 – Avoude – Djanta Kan
17 – Oyégué – H2O Assouka
18 – K-pak mangué – Sofaa
19 – Ouaga All Starz – Ouga All Starz
20 – Outro – La voix des sans-voix
Sources des images: www.afrolution.com et http://collectif-passerelle.nuxit.net/.



