Il y a quelques temps KUB3 essayait d’attraper au vol l’ovni musical que constitue le groupe Animal Collective. C’était à l’occasion de la sortie de leur huitième album: Merriweather Post Pavilion. Dans leur dernier opus ces aliens tendaient à se laisser apprivoiser en produisant une musique par certains aspects plus accessible au commun des mortels. Il n’en demeure pas moins qu’aller les voir reste une expérience hors du commun à laquelle il vaut mieux être un tantinet préparé. Le rendez-vous était donc fixé, dans un Aéronef devenu leur, à Lille.

Dans la pénombre, le décor est planté. On se croirait à l’aube d’une cérémonie mystique en voyant les supports qui, tels des autels, sont recouverts de tissus blancs. Disposés au travers de la scène, ils s’illumineront sans cesse dans un déluge de couleurs au rythme de la musique, donnant parfois au concert des airs de sapin de Noël ambulant.
Entrent alors les 3 musiciens, qui pendant près de deux heures vont plonger la foule amassée là dans une transe sans transitions, comme une nuée d’évangélistes. Jamais un seul silence religieux ne viendra planer sur l’assistance. Animal Collective en concert, c’est un flux continu d’incontinents musicaux, surfant sans relâche sur d’interminables nappes sonores qui s’étendent d’une chanson à l’autre. Jamais non plus aucune basse tapageuse ne viendra transformer l’assistance en un banal troupeau de lobotomisés du dancefloor. Non. Les Américains jouent l’attente, évitant le convenu, maintenant l’assistance dans un état de tension constante. Chacun se sent prêt à sauter à pieds joints à la moindre occasion, attendant une explosion qui au final n’advient pas. Un suave fantasme pour les uns. Une sévère frustration pour les autres.

Sur la gauche, Geologist s’agite sitôt que les premières notes ont retenti. Mi-ours, mi-taupe, sa lampe frontale vissée sur le crâne lui donne l’air d’être sorti de sa caverne pour l’occasion.

Au centre, on en voit un autre qui se masturbe tranquillement sur sa guitare, par de langoureux aller-retour de la main droite. C’est Avey Tare, qui semble être là sans être là. Ses pensées s’échappent pour aller se projeter sur la sphère suspendue au plafond.

Pendant qu’il laisse sa guitare se perdre dans les couches sonores qui s’accumulent les unes sur les autres, un troisième donne de la voix. Un peu plus à droite, c’est Panda Bear qui scande “Open up your throat” à en avaler le micro. Plutôt discret, pas hyperactif comme Avey Tare, celui que l’on désigne comme le cerveau à l’origine de Merriweather Post Pavilion semble planer encore plus haut que les autres, comme un chef d’orchestre sous amphét.

L’intégrisme n’est cependant jamais loin. En bon Benoît XVI, Avey Tare ira même jusqu’à jouer une bonne dizaine de minutes le dos tourné au public. On en était presque étonné qu’il ne se mette ensuite à chanter en latin.

Devant un tel spectacle, certains parleront d’un côté hautain frisant l’autisme, donnant parfois le sentiment au spectateur de n’être rien de plus qu’un meuble. On pourra arguer à l’inverse que ce qui compte, après tout, ce ne sont pas quelques hypothétiques phrases lancées en français pour se donner un genre mais le son, tout simplement. N’attendez donc pas une intense communication avec ces extra-terrestres, façon rencontre du troisième type. Leur porte reste ouverte cependant . Libre à vous d’en franchir le seuil ou non.

Crédits photos : © Marine Duquesnoy



http://www.youtube.com/watch?v=yMSarEUeJb0&feature=channel_page
…et cool photos!