Ridan à son nadir

Certains penseront peut-être qu’un p’tit gars comme moi, qui semble avoir cédé aux sirènes de “l’alternatif” made in US, devrait bien se garder de dire quoi que ce soit sur Ridan, alias Nadir Kouidri. Il n’ y a, c’est sûr, pas grand chose en commun avec le chanteur d’origine algérienne et la population qui squatte habituellement nos pages. Il n’en demeure pas moins, qu’ayant dans ma tendre jeunesse écouté ses deux premiers albums, je pense que l’on peut aisément se passer de son nouvel opus : L’un est l’autre (que l’on peut écouter ici ).

Commençons par le titre phare, Passe à ton voisin, autour duquel le battage médiatique a déjà commencé. Il y a d’abord ce ton simple et enfantin, qui peut en agacer certains, mais qui était déjà présent sur les albums précédents, comme avec Ulysse. Pourtant ce qui était la référence à l’enfance et à l’écoulement du temps semble ici n’être plus qu’un écrin vide et creux, voire niais. Le clip nous emporte dans les rues de Marseille, étalant sur la Canebière une mélasse indigeste allant de Tout le bonheur du monde de Sinsémilia jusqu’à Chantal Goya, en passant par “Plus belle la vie”. La palme du ridicule revient sans aucun doute au graffeur qui, plein de volonté, chausse ses lunettes jaunâtres surdimensionnées.

Il faut tout de même l’avouer, cette chanson est entêtante, la faute sans doute à ses paroles un brin simplistes :

“Un matin, un lutin
M’a dit tout est possible
Que tous les rêves du monde
Te seront accessibles
C’était la voix d’un sage
Qui ne veut que ton bien
Écoute son message
Et passe à ton voisin”

Malheureusement cette première impression, mauvaise, se confirme et se renforce au fil de l’album. Celui-ci renferme son lot de titres frisant l’insipide, comme Ma fée d’hiver et ses “lalala” féminins insupportables, ou encore Où sont les roses, dont la métaphore filée vous étouffe passée deux minutes. Rien ne semble pouvoir rappeler à l’auditeur ce qu’il avait pu ressentir en écoutant L’agriculteur ou le Renaudien Demain.

La légère noirceur qui teintait auparavant ses écrits a cédé la place à une candeur rose fuchsia et futile. La politique n’est quant à elle ici plus qu’un tic poli : son bouillonnement intérieur lié à la condition d’immigré s’est évanoui pour ne laisser traînant derrière lui qu’un vague engagement écologique. L’auteur semble avoir perdu toute sa hargne qui dans Rentre chez toi lui faisait dire :

“J’ai la couleur du beur que la vie transforme en balayeur”

Notons quand même que dans ce qui ressemble fort à un naufrage musical, quelques chansons parviennent à maintenir leur tête hors de l’eau. C’est le cas de Star minute où l’on croit discerner quelques traces de ce ton moqueur qu’il s’amusait à manier, ou encore de la chanson A quoi ça rime, qui clôture l’album sur quelques notes apaisées faisant penser à Mickey 3D.

Tout un débat s’étale actuellement au travers des commentaires suivant la mise en ligne de son nouveau clip sur Youtube. Les internautes s’écharpent autour d’une question cruciale : Ridan peut-il être considéré comme méconnu ? Pour ma part, la réponse est claire, et le mal est fait.

L’un est l’autre de Ridan, sorti le 17 février
Le site officiel

La tracklist:

1 · On est comme on naît
2 · Passe à ton voisin
3 · En attendant la fin
4 · Ma petite chipie
5 · Où sont les roses
6 · Le Petit Prince
7 · Ma Fée d’hiver
8 · Star minute
9 · Répondez-moi
10 · A quoi ça rime

Crédits photos : © Eric Vernazobre

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