La dernière et d’ailleurs la première fois qu’elles étaient venues à Lille, les filles d’Au Revoir Simone « se contentaient » d’assurer la première partie de Air. Il en va maintenant autrement, puisqu’elles tenaient hier soir le haut de l’affiche du Grand Mix, tandis que Lily Frost, elle, se produisait en début de concert. Certes la salle est moins imposante que l’Aeronef, mais tout de même, il y a des signes qui ne trompent pas : déjà un 3e album pour les starlettes de Brooklyn, et une notoriété qui semble enfin s’élargir de façon méritée.

Mais commençons par dire quelques mots, là aussi très mérités, de Lily Frost et de ses musiciens. Car la chanteuse canadienne au style si particulier commence également à connaître un succès certain, notamment avec son joli single Enchantment. Si Lily Frost n’est pas toute jeune, elle dégage malgré tout une sacrée fraîcheur sur scène, tout aussi à l’aise dans les chansons les plus mélancoliques et glacées que dans sur des compositions plus ensoleillées. La cohérence de son univers impressionne, comme la justesse de ses interprétations et le talent évident de ses musiciens polyvalents.
La salle ne s’y est pas trompée et Lily, s’excusant presque de faire attendre le groupe vedette, a remercié son public d’un court rappel. On aurait eu tort de juger celle-là à la va-vite, tant sa prestation live est apaisante et rafraîchissante : une très belle surprise, qui prépare nous dit-elle un nouvel album sur le thème de la forêt et de la nature, oh rien de « new age » rassurez-vous, quelque chose de simple guidé par ses émotions.

L’émotion, c’est aussi le créneau d’Au Revoir Simone, mais dans un genre musical qui n’a pas grand chose à voir, si ce n’est cette douceur toute féminine, puisque les 2 groupes se produisaient dans le cadre du festival « Les Femmes s’en mêlent ». Annie, Erika et Heather apparaissent sur scène et très vite les applaudissements cessent, comme pour laisser place au rêve qu’elles distillent. Posées chacune devant leur synthé, les 3 anges prennent la lumière comme personne. Ce n’est pas pour rien si leur bio officielle les compare aux sœurs imaginées par Sofia Coppola dans Virgin Suicides…
Et pourtant, les icônes ne sont ni si pures ni si parfaites et, outre les légères erreurs imputables aux ingénieurs du son (le bouleversant Stay Golden qui bourdonne, quel dommage…), ou les basses qui, live oblige, écrasent un peu la fragilité des corps, on se rend compte que les chanteuses elles-mêmes cultivent un fond d’amateurisme et d’imprévu qui les rend finalement peut-être encore plus attachantes. Quoi de plus charmant en effet que ces jeunes filles en fleurs qui se demandent quelle chanson jouer ensuite, qui feignent l’insouciance au point d’oublier ponctuellement leurs accords, ou qui s’émerveillent sur leur page Twitter de voir leur album en vitrine d’une grande marque parisienne de prêt-à-porter ?

Au fond, Au Revoir Simone ce n’est peut-être qu’un produit marketing très bien vendu et très en vue, planqué derrière sa boîte à rythmes et une prise de risque minimale. Mais quand c’est aussi bien fait et qu’elles savent rester au plus près de leur public, quel bonheur. Ainsi leur dernier album Still Night, Still Light dont étaient tirées la plupart des chansons interprétées s’inscrit-il dans la droite ligne de ses 2 prédécesseurs, peut-être légèrement plus sombre et synthétique mais, comme le suggère son joli titre, toujours aussi planant et enchanté. Joie, il sortait aujourd’hui !
Enfin, n’en déplaise aux déclinologues de la langue de Molière, la francophonie n’était pas en reste durant cette soirée, chaque formation ayant mis un point d’honneur à chanter en français : aussi bien Lily Frost qui a vécu quelques temps en Normandie, qu’Au Revoir Simone au nom déjà évocateur, y sont allées de leur hommage. La première nous a gratifié d’un poème de Verlaine très joliment adapté, tandis que les suivantes nous ont offert une version « surprise » du sublime All or Nothing, transposé dans notre langue avec un délicieux accent américain. Et tant pis si l’on n’a pas tout compris de ce dernier morceau : Erika m’a assuré qu’une version studio avait d’ores et déjà été enregistrée. A réécouter jusqu’à ce que mort s’en suive…

Crédit photos : © Arthur Nancel



all or nothing en vidéo ici et en français comme vous le suggériez !! splendide.
http://www.intimepop.com/2009/05/03/au-revoir-simone-enflammantes-en-live-concert-intimepop-n%C2%B020/
merci ! ^^