“Voyage d’URSS” revisited: le rock russe

Le rock russe est un courant musical qui va bien au delà du cliché habituel des zozos rasés en treillis qui jouent du hard rock au fond d’une obscure cave moscovite.

Bien sûr, y en a.

Mais la situation politique de la Russie, pays placé comme chacun sait sous contrôle soviétique durant des décennies, a favorisé l’émergence d’une culture rock originale et engendré des groupes de qualité, passés maîtres dans l’art de contourner la censure du régime avec des albums souvent méconnus ( voir inconnus) du public occidental.

Je vous propose donc un voyage musical et culturel dans l’ex pays des Soviets, avec la présentation de deux groupes russes emblématiques, DDT et Splean. . Un voyage en Lada, la voiture la plus increvable de tous les temps, konietchno.

VrOOoOM

Sous le régime stalinien, donc jusqu’au milieu des années 50, les seules musiques disponibles étaient celles autorisées par le pouvoir, et dont la diffusion était sévèrement encadré par l’agence de culture d’Etat, Mélodia. Le catalogue disponible comprenait pléthore de chants traditionnels russes, des chants militaires ayant pour but d’exalter les cultures des seize républiques soviétiques, et des chansons de bardes parfois mièvres et souvent nostalgiques sans danger pour le régime.

Avec l’arrivée de Khrouchtchev au début des années 1960 et ce qu’on a appelé la “déstalinisation” du pays, Melodia garde la main sur la musique, mais des groupes et des chanteurs contestataires commencent à apparaître. Ces derniers se servent souvent du prétexte de « chant traditionnel » pour critiquer le régime, c’est le cas des bardes folk, qui utilisent un vocabulaire à double sens, un peu comme celui qu’on retrouve dans le Blues américain.

C’est à cette époque que commencent également à circuler les premières bandes pirates des succès des groupes occidentaux dans les milieux artistiques russes ( surtout à St Pétersbourg) : Beatles, Stones, Dylan, s’échangent sous le manteau.

Le régime maintient sa pression, interdisant aux groupes d’enregistrer le moindre disque, censurant les paroles, mais une sorte d’avant garde électrique se met en place. En 1966 apparaissent les premiers groupes de rock psychédélique authentiques, qui chantent ( dans des conditions difficiles ) en russe. Ces groupes dépassent donc la copie pour réellement s’approprier les influences occidentales.

Néanmoins, les deux groupes dont je souhaite parler ne viennent pas des années 1960, quoique ayant été énormément influencés par les Beatles et le rock anglais et américain des années 1970.

DDT et Splean se sont formés dans les années 1980, lors de la période de glaciation du régime ( la fameuse gérontocratie d’ Andropov et Tchernenko). Ce sont des années troublées, car si la bureaucratie se renforce, le pouvoir se durcit et revient sur les libertés accordées sous l’ère Khrouchtchev, entrainant énormément de frustration dans la population russe.

DDT est un groupe crée à Ufa en 1981 par Yuri Schevchuk. Pour la petite histoire, Schevchuk monte son premier groupe de rock – Vector – lorsqu’il entend les Beatles pour la première fois. Dès les premières chansons, Schevchuk, chanteur barbu a lunette, se fait remarquer par le régime pour ses textes acides, extrêmement critiques vis a vis du régime communiste en place. Ce dernier réagit rapidement, exerçant des pressions politiques et agitant des menaces d’emprisonnement.

Malgré cela – ou plutôt grâce a cette réputation, la popularité de DDT monte assez vite, assez en tout cas pour exploser à St Pétersbourg, qui reste la capitale culturelle de l’Union Soviétique, à la fin des années 1980.

Deux chansons de DDT :

1) La première s’appelle Tchiorny Pyos Petiersburg, soit le « chien noir Pétersbourg », c’est un hommage a St Pétersbourg, que les habitants appellent familièrement Petier. C’est une chanson assez mélancolique, aux paroles recherchées – première démonstration que le rock russe est une musique sophistiquée ( à noter le clip avec le chanteur barbu et à lunettes ! ).

http://www.youtube.com/watch?v=R69hvEmCaWc

2) La deuxième s’appelle Prekrasnaya Lioubov, soit « merveilleux amour », qui sonne un peu pour moi comme du Radiohead. En mieux car en russe, bien sur.

DDT

red_wave

Le deuxième groupe s’appelle Splean et a été crée en 1994, par Alexander Vasilyev à Leningrad. Le « ea » est un hommage aux Beatles. Ils ont déjà sorti 12 albums, et le chanteur, légèrement mégalo, vire régulièrement ses musiciens. De quoi me rendre ce groupe tout de suite sympathique. Splean a bénéficié de la complète libéralisation ( sauvage, dirons certains ) économique du pays. Ils sont de ce fait très connus en Russie.

C’est d’ailleurs le premier groupe que j’ai découvert en cherchant de la musique russe « jeune » à Moscou ( merci, ca suffit les coffrets des Chœurs de l’Armée Rouge).

La Chance aux Chansons

Splean donc.

1) La première s’appelle « Skaji » , qui peut se traduire par « dis ». Assez mélancolique, mais sans être guimauve ni mièvre.

http://www.youtube.com/watch?v=kPKwxpOEe-Q&feature=related

2) La deuxième, issue de leur site officiel ( design sobre et efficace).

http://www.splean.ru/root/video/ ( deuxième vidéo sur la liste).

Fermez bien vos portières en sortant, sans les claquer, le fil de fer qui maintient le rotor pourrait sauter. Merci et à bientot. 

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