Ils sont trois : un garçon, deux sœurs jumelles. Lui est un ex-Secret Machines, elles faisaient partie de On! Air! Library!. Il s’appelle Benjamin Curtis, elles se prénomment Alejandra et Claudia Deheza. Ensemble, ils forment School of Seven Bells, petite cathédrale sonique oscillant entre rêve et réalité.
On les a souvent comparés à My Bloody Valentine, pour le côté « shoegazing », mais aussi aux Cocteau Twins, qualifiés non sans raison de « heavenly voices ». Et en effet, Benjamin regarde ses pieds lorsqu’il fait vibrer sa guitare, tandis que les voix entremêlées d’Alejandra et de Claudia constituent un atout fatal auquel on ne peut que succomber.
De passage à l’Aeronef pour un concert intimiste, les trois virtuoses ont bien voulu converser avec nous de leur album, leur tournée, leurs aspirations…
“KUB3 : Qu’est-ce que vous pensez de ces étiquettes qu’on vous colle : « shoegazing », « dream-pop », etc. ?
Benjamin : On peut nous qualifier comme on veut, ça n’a pas vraiment d’importance. Si ça aide les gens à nous ranger sur leurs étagères ou dans leurs playlists iTunes, on veut bien être tout ce qui les arrangent : « alternatif », « électronique » même… De toute façon, tout est électronique maintenant. Mais ce n’est pas vraiment notre boulot de nous catégoriser nous-mêmes.
J’ai lu que les paroles étaient vraiment importantes pour vous, puisque tu [Alejandra] voulais être écrivaine. Est-ce que ça revient à dire que ta voix est l’instrument principal du groupe ?
Alejandra : En fait c’est bizarre, j’ai le sentiment que c’est assez égalitaire dans la façon dont on écrit. C’est vraiment une conversation constante entre nous, donc pour moi rien ne passe au second plan, comme si c’était impossible… ou alors les autres veulent trop se faire entendre ! (rires)
B : Je pense que les chants sont vraiment ce qui fait notre spécificité. Leurs voix en particulier sont très spéciales, c’est quelque chose d’humain et qu’on ne peut pas dupliquer ou acheter dans un magasin, c’est vraiment organique.
A propos de ces voix, vous les utilisez de différentes façons. Par exemple, sur Prince of Peace ça me fait presque penser à du hip-hop…
A : Je pense que c’est dû au fait que j’ai écrit les paroles à partir du beat, du coup c’est venu comme ça… J’adore écrire juste à partir des beats, et je trouve ça moins facile quand tu n’as pas de rythme.
« Après avoir été dans un groupe pendant un certain temps, on développe son propre langage »
Je croyais que tu écrivais les paroles d’abord, et que tout venait après…
A : En fait ça dépend vraiment, de toute façon j’écris tout le temps, j’ai toujours un carnet sur moi où mettre ça. Ensuite, quand j’entends quelque chose, que je regarde une page où il n’y a que des mots épars, tout ça peut prendre forme immédiatement. C’est assez simple de cette façon.
Et sur quoi tu écris en général ?
A : Honnêtement, j’écris simplement ce qui me passe par la tête ! J’aimerais bien que ça soit plus élaboré mais ça parle juste de la vie quotidienne, de ce sur quoi je réfléchis, ou bien si j’ai des pensées qui m’obsèdent…
Par exemple quelle est la dernière chanson que tu aies écrite ?
A : La dernière chanson ? Ouh là… C’est sur notre nouvel album en fait, mais de quoi ça parle… ? C’est… comme un genre de sortilège, c’est vraiment dur à expliquer… La chanson parle de la difficulté à oublier quelqu’un… C’est un peu sombre, ça a l’air un peu flippant mais ce n’est pas vindicatif, ce n’est pas une mauvaise façon d’oublier quelqu’un mais plutôt un processus purificateur.
Concernant votre premier album, les critiques ont été extrêmement élogieuses… vous vous attendiez à ça ?
Claudia : Moi, je m’y attendais. On savait que c’était la musique qu’on voulait obtenir.
Et c’est pour ça que ta sœur et toi avez quitté votre premier groupe, pour faire la musique que vous vouliez ?
A : Je pense que quand j’étais dans cet autre groupe, on était juste une bande de gamins qui se sont retrouvés ensemble et se sont dits « et si on montait un groupe ? »… Mais avec le groupe suivant, je voulais vraiment choisir les gens avec lesquels j’allais travailler.
Tu joues avec ta sœur jumelle, et Benjamin jouait avec son frère auparavant… la musique, c’est une affaire de famille pour vous ?
A : Il y a bien sûr une connexion indéniable entre des frères et sœurs jouant de la musique ensemble, pour la simple raison que vous êtes très familiers l’un à l’autre, alors ça rend les choses plus faciles. Vous grandissez avec ce même langage étrange que les autres partagent avec vous mais… En fait je pense qu’après avoir été dans un groupe pendant un certain temps, on développe aussi en quelque sorte son propre langage.
B : J’ai pas mal d’amis qui font de la musique entre frères et sœurs. C’est assez courant, et ça le devient de plus en plus.
Ça ne vous gêne pas parfois qu’on se réfère à vous en parlant des « jumelles », et non de chacune individuellement ?
A : (rires) J’ai l’impression que nous avons toujours été « les jumelles » depuis longtemps, alors j’y suis habituée. Je ne pense pas qu’il y ait un quelconque besoin de notre part de se battre pour exister individuellement. Je l’ai fait quand j’étais plus jeune, mais après tout c’est juste une façon de nous désigner.

Vous êtes partis en tournée avec pas mal de groupes différents (Interpol, Bat for Lashes, M83, White Lies…). Comment tout ça s’est fait ?
A : Par chance, ce sont tout simplement les groupes qui nous ont demandé. On a vraiment été chanceux que ça se fasse comme ça. Ils appréciaient notre musique et nous ont demandé eux-mêmes, ce qui est toujours mieux que d’avoir quelqu’un qui vous mette sur n’importe quelle tournée où vous n’appréciez pas tellement la façon de jouer de l’autre groupe… C’est beaucoup plus sympa quand quelqu’un a vraiment pris du temps pour vous choisir en pensant « ah ça irait super bien avec notre musique ». Je pense que c’est vraiment bien mieux, on a eu de la chance.
Des préférences, par rapport à tous ces groupes ?
C : Blonde Redhead, c’était génial.
A : Ouais Blonde Redhead et Bat for Lashes.
B : Blonde Redhead et Bat for Lashes sont sûrement les tournées qu’on a préférées d’un point de vue musical, mais à vrai dire tous les groupes ont été plutôt sympas.
C’est votre premier concert en France ?
A : On a fait un concert à Paris… c’était l’été dernier non ? Ah non on en a fait deux !
B : On a joué à Rock en Seine, et après on a joué pour les Black Sessions à la radio… Mais c’est la première fois qu’on vient ici dans le Nord.
A propos du Nord, je me demandais qui met à jour votre MySpace, parce que dans la partie « concerts », c’est marqué : « Lille, Poitou-Charentes »… c’est drôle, mais c’est quand même une énorme erreur.
A : (rires) C’est pas moi !
B : Je pense qu’on peut dire sans se tromper que ç’a été écrit par quelqu’un qui n’est jamais venu ici.
Maintenant que vous avez tourné dans pas mal d’endroits, vous avez une préférence ?
A : On vient de jouer à All Tomorrow’s Parties [festival relativement intimiste, orienté vers l'avant-garde]. Cette édition était parrainée par My Bloody Valentine, et c’a été mon concert préféré jusqu’à présent ! C’était à Minehead, en Angleterre.
B : Il me semble que c’est au Pays de Galles.
[Discussion avec la tour manager sur la localisation de Minehead, qui s'est avéré être en Angleterre]
Jusqu’à quand pensez-vous tourner avec cet album ?
A : Le printemps prochain, probablement un peu plus tard, avril, mai…
Et vous n’en avez pas un peu marre de jouer toujours les mêmes chansons ?
A : Non parce que quand on les mélange aux nouvelles chansons, on les entend différemment. En fait c’est assez drôle !
Quelle part de nouvelles chansons vous jouez en concert ?
B : A peu près la moitié. Mais ça dépend, ce soir je pense qu’on en jouera quatre.
En ce qui concerne les effets visuels que vous avez ajouté en live, c’est récent ?
A : Plutôt récent oui. On les a faits faire pour l’album Alpinisms mais on a rajouté des petites choses ici et là, et ça bien après la sortie d’Alpinisms, donc en fait c’est assez nouveau.
« Les groupes appréciaient notre musique
et nous ont demandé eux-mêmes de tourner avec eux.
On a eu de la chance ! »
Et votre nouvel album, c’est pour quand ?
A : Le printemps prochain ! On travaille encore dessus, alors quelque chose comme avril. L’album s’appellera Disconnect from Desire.
Vous pensez en faire des remixes ?
A : Oh oui sûrement, j’adore les remixes, donc oui !
B : En fait j’aime bien l’idée de demander des remixes à des gens qui ne font pas ce genre de choses d’habitude. C’est très intéressant de voir ce que les gens font de votre musique.
Est-ce que ça signifie que vous n’allez pas avoir de remixes, par exemple, de MSTRKRFT, mais plutôt d’un « vrai » groupe ?
B : Oui sans doute. En tout cas je ne pense pas que MSTRKRFT fera nos remixes. (rires)
Il y a un artiste en particulier avec lequel vous aimeriez collaborer ?
A : Peut-être Blonde Redhead.
B : Ouais, Simone de Blonde Redhead a joué sur le dernier album, mais on n’avait pas vraiment prévu ça. Ce n’est pas quelque chose qu’il faut forcer, si ça vient et que ça semble se justifier alors on y songera. Mais pour le moment, nous ne sommes que trois !
Pour finir, est-ce que votre musique a déjà été utilisée dans des films ou des pubs, à votre connaissance ?
A : Ça a été utilisé dans une série télé ! C’était une série policière. Ils découpaient un corps, dans NCIS. C’était assez dingue, je suis restée scotchée et j’ai regardé ! J’ai trouvé ça drôle que ça soit utilisé pour une séquence autopsie, alors que c’est un truc vraiment scientifique et éprouvant. (rires)”
MySpace de School of Seven Bells
Interview réalisée le 8 décembre 2009, par Arthur Nancel
Remerciements : PIAS, l’Aeronef, School of Seven Bells
Crédits photos : Arthur Nancel, Clémence Dufeu
![[Interview] School of Seven Bells, groupe au sommet Le trio new yorkais s'est confié à notre micro : découvrez notamment les dessous de son premier album rêveur, "Alpinisms".](http://www.kub3.fr/wp-content/themes/branfordmagazine/images//2009/12/sviib-620x250.jpg)



S’ils aiment Blonde Redhead, alors ça doit être des gens bien ^^