Justice, centre de l’univers ?

C’est au pied du sapin seulement que j’ai rencontré le coffret « A Cross the Universe ». Pure solution de facilité : va avouer à tes vieux que tout ce qu’il te faut ce sont de bonnes bouteilles et un pass oboulo.com… Non, un truc qui s’achète à la FNAC ça rassure tout le monde. Si cette chronique est un peu frelatée c’est donc pour la bonne cause, et KUB3 n’a de toute façon aucune prétention de hype-itude.

Alors, « A Cross the Universe » ? Passe encore pour le jeu de mots, que je ne vous ferai pas l’affront d’expliciter, mais Justice se la pète quand même un peu puisque le documentaire réalisé par Romain Gavras (déjà aux commandes du controversé clip de Stress) et So-Me ne nous emmène « que » dans les coulisses de la tournée américaine du groupe, qui aura duré au total… 20 jours. Pas vraiment de quoi fouetter un chat.

Sauf que Xavier de Rosnay et Gaspard Augé sont de sacrés personnages. La mise en scène ça les connaît, à commencer par leur dégaine impossible de vieux rockers sur le retour, le cheveu gras, la mine crasseuse. Comme souvent dans ce type de duo, on retrouve le grand tout mou (Gaspard) et le petit nerveux (Xavier), qui serre tout ce qui passe. Et le spectacle du documentaire est bien moins sur ou même devant la scène que dans les à-côtés de la tournée.

En vrac, Justice nous fait : l’achat, l’essai et le port d’armes à feu, l’arrestation musclée par les flics « à l’américaine », le cassage de bouteille sur la tronche ou presque, la vrai-faux mariage de Gaspard à Las Vegas, les somptueuses villas californiennes à piscine, et bien sûr les pu… pardon, les filles qui vont avec ! Ah ça, des culs il y en a jusqu’à satiété et même un peu plus : on se croirait dans un clip de 50 Cent. Sauf qu’ici, ça participe d’un ensemble qui s’appelle semble-t-il la rock attitude. Et si c’était juste le mauvais goût ?

Quoiqu’il en soit, le message est clair : les Justice veulent se donner à voir comme des bad boys, des gars qui ne font pas (que) des blagues de potache. On en vient à se demander où est passée la drogue, dans tout ce merdier. Avec sa tronche d’adolescent attardé, Busy P fait d’ailleurs carrément tâche dans le paysage, et le seul personnage un peu sympathique du documentaire est finalement le chauffeur du bus, bonne pâte, qui confesse être en contact avec le Guinness Book pour faire homologuer sa voix comme la plus grave du monde.

Je ne m’étendrai pour le reste pas sur le CD live, sinon pour dire qu’il est bon, très bon. Mais est-ce une surprise ? Passé le tour de chauffe, le mix n’est jamais meilleur que lorsqu’il se lâche et s’autorise des accouplements sauvages. On y croise avec bonheur des samples de Daft Punk, de Mr. Oizo, des Klaxons, ou encore (plus inattendu) de Metallica, mais aussi des vocals inédits piqués à droite à gauche, un passage à la Kraftwerk, et même un remix de Soulwax.

Côté bonus par contre, vaches carrément rachitiques puisque le DVD en est pour ainsi dire exempt, et qu’hormis les 2 galettes, est simplement inclus un petit booklet de photos de la tournée. Même pas spécialement jolies, juste compilées par thèmes en mosaïques. Autant le dire franchement, le support physique est très, très dispensable…

Là où « Part of the Weekend Never Dies » de Soulwax évoquait une façon de faire vibrer les foules, Justice a préféré se regarder le nombril et l’exhiber bien haut. Si je l’ai visionné et écouté avec un plaisir évident, « A Cross the Universe » est un objet ronflant et prétentieux dont on ne m’empêchera pas de penser qu’il y flotte comme un parfum de foutage de gueule. A croire que j’aime ça…



Teaser d’« A Cross the Universe » (DailyMotion)

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